Ce que l’anthropologie nous apprend sur la mort et nos morts…

À l’université, j’ai étudié l’archéologie et l’anthropologie physique… ce qui m’a amenée à analyser d’anciens squelettes humains découverts en fouilles. Je ne vous pas dit pas la quantité de réactions différentes auxquelles j’ai eu droit chaque fois que je devais dire ce que je « faisais dans la vie ». Il faut dire que ce métier est difficile à exprimer brièvement lorsqu’on se présente !

L’étude des morts, certains trouvent ça glauque, macabre, irrespectueux même. D’autres sont fascinés, surtout quand il s’agit d’anciens squelettes inhumés dans une tombe à l’architecture peu ordinaire et très différente de celle que l’on connaît de nos jours. Parfois, les cadavres – même anciens – font peur.

Mais la mort n’a pas besoin de faire peur. De la même manière que la vie n’a pas besoin d’être parfaite. C’est ce que ce métier m’a fait réaliser… lorsque je me suis retrouvée face à des ossements pathologiques. Certains étaient fusionnés, handicapant. D’autres étaient tellement atteints d’infection que l’individu avait dû être très brave pendant près de dix ans.

Un jour, j’ai analysé le squelette d’un jeune homme de 25 ans dont les avant-bras étaient fusionnées au niveau des coudes. Il est né avec cette pathologie appelée « synostose radio-ulnaire proximale bilatérale« . Aux yeux de notre société actuelle, il aurait été catégorisé comme un « handicapé ». En effet, il ne savait certainement pas faire les mouvements de rotations du poignet, l’empêchant d’écrire et réduisant sa capacité à prendre des objets en mains. L’impact sur sa vie devait être véritablement important. Pourtant, il a tout de même vécu jusqu’à un âge adulte. Son squelette ne montrait pas de trace de maladie, donc il est probablement mort avant qu’elle n’affecte ses os.

Nous l’avons retrouvé dans un cimetière médiéval (Virton), allongé comme tous les autres individus. La seule chose qui le différenciait était la position de ses bras, ce qui était inévitable dû à sa condition. On ne sait pas dire que la vie, pour lui, fut différente de celle des autres. Toutefois, il est clair que dans la mort, il fut traité avec le même respect que ses semblables. Certains ajouteront, selon leur croyance, qu’il a pu reposer en paix un long moment, et après notre étude, c’est à nouveau le cas.

Dans la mort, il n’y a pas d’obstacles et de difficultés comme dans la vie. Nos ancêtres et les individus d’autres époques avant nous, dont on retrouve parfois les traces, peuvent en témoigner.

Je vais m’arrêter là pour cette réflexion philosophique… car elle pourrait être tellement profonde et sujette à débat subjectif 🙂

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